T'as hésité pendant deux heures devant ton placard pour décider quel tee shirt t'allais bien mettre et surtout quelles pompes, histoire que tout soit bien assorti. T'as fini par te décider mais, le temps de te brosser les dents et de mettre un peu de gel, tu t'es rendu compte que ton pantalon n'allait pas avec le reste. Alors, t'as tout enlevé, les pompes, le tee shirt et même ton boxer qui finalement ne te va pas si bien que ça. Comme t'as fait tout ça en écoutant Charlie Winston, le petit stress de la tenue idéale n'a pas été trop violent et, au final, à la fin de l'album (pour être sincère, après avoir écouté deux fois l'album), tu es enfin prêt et pas mécontent d'avoir choisi ce bermuda avec cette paire de converse et ce tee shirt col en V qui fait ressortir ton bronzage et tes yeux verts. Eh ouais, s'agirait pas d'oublier de les mettre en valeur. Allez, tu résistes à la tentation de passer une nouvelle fois devant la glace parce que sinon, tu sais bien que tu vas tout recommencer et que là, vraiment, tu n'as plus le temps.
Tu montes dans ta petite bagnole. Tu mets « Umbrella » à fond et t'ouvres la fenêtre. Ca t'amuse de passer pour un petit con, pendant cinq minutes. Au premier feu rouge, les passagers de la bagnole à côté de la tienne te regardent, l'air amusé. Un petit sourire échangé... Eux aussi, ils kiffent. Ca te fait plaisir, cette complicité de trente secondes et tu repasses la première. Dehors, il fait beau. La journée se termine doucement mais il doit faire encore pas loin de trente degrés. Tu profites du brin de vent qui s'engouffre par la vitre et ton esprit vagabonde au point que cinq minutes après, tu ne te rappelles même pas avoir fait les derniers kilomètres. Ca te fait marrer le pilotage automatique. Tu reprends les paroles a tue tête et, si ce n'était pas toi qui conduisais, tu bougerais bien un peu. Mais bon, chaque chose en son temps, tu te rattraperas toute à l'heure. Tu laisses la ville derrière toi et ta petite auto avance avec toute la vitesse de ses cinq chevaux. C'est pas grave, t'es le roi du monde et, quand tu aperçois la première vache dans son coin de prairie, tu lui offres un petit coup de klaxon en guise de bonjour. Le soleil commence à se coucher tout doucement, alors que pour toi, la nuit ne fait que commencer. Tu en profites pour relever le pare soleil. Il fait si doux... Oh, et puis merde, les autres t'attendront. Tu te gares le long de la départementale, tu fais sauter ta ceinture de sécurité et tu sors de la voiture. C'est tout simplement trop beau. La campagne s'étend si loin et les cerisiers sont si proches, eux. Tu jettes un coup d'½il à gauche et à droite et tu passes au dessus de la clôture électrique. Tu te prends pour un vrai gangster pendant deux secondes et t'aimes ça. Le Bad boy va piquer des cerises dans l'arbre. En, quelques secondes, t'as réussis à te hisser jusqu'au premières branches et tu engloutis plusieurs poignets de ce précieux butin. Trop bon. T'aurais adoré que le paysan te surprenne et qu'il essaie de te tirer dessus avec son fusil à plombs, juste pour le plaisir de filer à toute vitesse en écoutant des bordées d'injures lointaines et de monter dans ta bagnole en la démarrant la portière encore ouverte, comme dans les films. Mais bon, il n'est pas là. Alors tu repars tranquillement après avoir gravé tes initiales sur le tronc, en souvenir. C'est ton côté cliché ! Tu souris en te moquant de toi-même. Chacun ses petites faiblesses, non ?
T'as enlevé tes converses et tu conduis pieds nus. Tu adores la sensation que ça procure. Et, finalement, du premier coup, tu repères le petit chemin caché sur la droite que tu parcoures chaque année à la même époque et qui mène jusqu'à chez Seb qui se fait toujours un devoir d'organiser le premier barbecue des vacances. Ca y est, tu aperçois le toit de la maison, juste derrière les arbres. Tu remets tes pompes tellement bien assorties avec le reste, tu attrapes la bouteille de rosé que tu avais délicatement posée dans le coffre et tu termines à pieds les quelques mètres qui te séparent du jardin. Ils sont déjà tous arrivés. Tu les vois s'activer de loin. C'est Greg qui est en train de ramasser des brindilles avec Léo et Delphine. Là, bas, au bord de l'étang, tu crois reconnaître Noémie avec Anthony et, à côté du barbecue, Seb est en train de boire une bière, sûrement pas la première d'ailleurs, avec, mais oui, c'est lui, Loïc. Putain, il est déjà rentré des Etats-Unis. Ca fait un an que tu ne l'as pas vu et MSN ne remplacera jamais le plaisir que tu prends à courir jusqu'à lui, en tentant de faire le moins de bruit possible, avec la complicité de Seb qui lui, t'as bien vu arriver. Tu te saisis des épaules de Loïc qui se retourne et, après une immense seconde à vous regarder, à vous détailler des pieds à la tête, vous vous prenez dans les bras pour ressentir encore plus fort vos retrouvailles. T'as l'impression qu'on vient de t'injecter une grosse dose de bonheur dans les veines et c'est de la bonne. Bras dessus, bras dessous, vous faites le tour de la maison en serrant quelques mains, en faisant quelques bises. Tiens, même Marion et Quentin ont réussi à venir. Ils sont toujours ensemble. T'aurais parié le contraire... d'ailleurs tu te demandes si tu ne l'aurais pas parié, en fait. Peut être qu'un des autres ne va pas tarder à venir te voir pour te réclamer une dette de jeu dont tu ne te souviens pas non plus.
Loïc n'a pas changé. Il est juste encore plus bronzé que d'habitude. Faut dire que le soleil de Californie a du lui filer un bon coup de main. Il a l'air zen et son petit sourire en coin, toujours un brin moqueur ne l'a pas quitté. Il te raconte son année au pays de l'oncle Sam et tu l'écoutes distraitement en souriant. En fait, tu n'écoutes rien. Tu es juste heureux qu'il te parle. Vous allez vous asseoir au bord de l'étang, après avoir attrapé une bouteille de rosé au passage. C'est votre moment à tous les deux. T'as quitté tes pompes et tu mets, pour la première fois de l'été, tes pieds dans l'eau. Elle est fraiche et tu te dis qu'il te faudra pas mal de motivation et plusieurs verres pour te baigner, toute à l'heure. La nuit commence à tomber tout doucement. Tu réponds aux quelques questions de Loïc qui n'en posent pas si souvent que ça. Après tout, il sait déjà l'essentiel : il t'a manqué et ça, tu ne peux pas le lui cacher. Vous avez toujours été si proches, tous les deux. Même école primaire, même collège, même lycée et, s'il n'avait pas décidé d'arrêter l'anglais, vous seriez toujours ensemble à la fac. C'est ton meilleur ami, ton frangin, ton âme s½ur... Qu'est ce que cette année a été longue sans lui pour partager tes petites joies et tes petites peines. Après tout, c'est sans doute le seul qui parvienne à lire en toi comme dans un livre et à qui tu ne réussis jamais à faire croire que tout va bien quand ... tout ne va pas bien !
La bouteille est vide. Tu décides d'opérer un virage stratégique vers le buffet, Loïc à tes côtés. Quand vous arrivez, le barbecue est prêt. Tu adores cette odeur de viande qui grille tout doucement. Seb a battu le rappel et tout le monde s'installe autour de la grande table du jardin. L'apéro a opéré et tout le monde semble de très bonne humeur. Philippe fait le service, ce qui ne le change guère de l'école hôtelière où il termine ses études. Les merguez sont cuites à point et les rires fusent de tous les côtés. Manu a pris sa guitare et gratte quelques accords pendant que Seb ramène de nouvelles bouteilles sur la table. La nuit est bien tombée maintenant et les étoiles sont au rendez-vous. Tu te sens tellement bien. Une douce ivresse t'a envahi. Tu taquine gentiment Lisa qui a mis la robe la plus laide que tu n'as jamais vue et elle te renverse la moitié d'une bouteille d'eau sur la tête. Impossible de lui laisser le dernier mot. Tu t'empares du plat de taboulé et tu lui en jettes une grosse poignée. La bataille rangée ne fait que commencer et, ce n'est pas Seb qui va essayer de calmer tout ça. Au contraire. Aidé par Stephane, il attrape Lisa par les pieds et l'emmène d'un pas décidé jusqu'à l'étang où, malgré ses grands cris, elle se retrouve la tête la première dans l'eau, toute habillée.
Naturellement, Lisa se met immédiatement à arroser tout le monde et quand Seb se met à hurler « tout le monde à l'eau », ça ne surprend personne. Loïc est déjà en caleçon et se balance dans l'étang alors que tu as encore tes converses au pied. Hors de question de se dégonfler. D'ailleurs, tu n'en as aucune envie. L'année dernière, presque jour pour jour, tu étais dans l'eau avec lui, à quelques heures du départ de son avion. Alors, tu fais sauter ton tee shirt, ton bermuda et tu plonges dans l'étang pour retrouver les autres. Ouah qu'elle est fraîche !
Tu n'as même pas le temps de faire une brasse que Loïc est déjà sur toi et t'entraîne vers le fond, en te tirant par les pieds. Tu avales une grande tasse d'une eau dont tu ne préfères pas savoir la composition. Tu te demandes le temps d'un instant si la légende que raconte toujours Seb à propos de ce mec qui se serrait noyé et qui hante les bois depuis en criant « j'ai soif » a une chance d'être vraie et tu décides finalement ...que non ! La bagarre fait rage dans l'eau et le corps à corps avec Loïc tourne en sa faveur. Tu t'en fous. Il gagne souvent à ce jeu là. T'es juste content d'y jouer avec lui et de le sentir à côté de toi. C'est à ce moment là que tu te rends compte, comme d'une évidence, de l'importance qu'il a pour toi, de la place qu'il occupe dans ta vie. Tu te demandes simplement pourquoi tu ne le lui dis pas davantage. Le temps de prendre cette résolution, la jolie Manon, cette petite brunette avec qui tu as du échanger ton premier baiser quand tu n'avais guère plus de 14 ans et avec laquelle Loïc a d'ailleurs du sortir quelques semaines quand vous étiez à peine plus âgés, se faufile et tente de te couler. Pas de chance, tu l'as vu arriver. Tu la saisie par la taille et tu la projettes très loin devant toi. Tu l'entends cracher un peu d'eau et rire aux éclats, en nageant vers toi. Tu ne l'avais pas encore vu ce soir et là encore, ça te remue. Cette fille a toujours occupé une place particulière dans ton c½ur. Personne n'a jamais réussi à effacer ce premier baiser et le si joli frisson qui t'avait parcouru au moment de fermer les yeux et d'approcher ton visage du sien. C'était derrière le gymnase, en 4ème. Tu n'arrives plus à te souvenir pourquoi ça n'a pas marché mais tout ce qui compte, c'est qu'aujourd'hui, comme tous les ans, vous allez avoir l'occasion de vous retrouver et de parler de ce baiser tellement mythique. Ca a été le seul mais si on te donnait un euro pour chaque occasion où vous en avez reparlé tous les deux, sur que tu pourrais t'acheter... quoi, au fait ? Pas le temps d'y penser car Loïc est revenu à la charge et qu'il est temps de fuir avant d'avaler une autre tasse d'étang.
La plupart des baigneurs est repartie tranquillement vers le barbecue. La natation, ça creuse. Mais tu es bien dans l'eau. Tu te sens libre. Mais bon, il commence à faire un peu froid. Alors, avec Loïc et Manon, vous sortez de l'eau. Pendant que Manon, toujours aussi mignonne repart se changer, vous restez là, tous les deux. Pas besoin d'échanger un mot. Vous vous allongez là, comme ça, sans même vous sécher ou vous rhabiller. Epaule contre épaule, vous regardez les étoiles et vous vous faites cadeau des commentaires qui ne servent à rien et qui gâcheraient sans doute ce moment. « Tu m'as manqué l'affreux » ! C'est lui qui vient de te dire ces mots. D'ailleurs, c'est le seul qui t'a jamais appelé comme ça. Une petite marque d'affection. Ces quelques mots te vont droit dans le c½ur. « Toi aussi tu m'as manqué. Je suis tellement content que tu sois rentré ». Ca y est, tu l'as dit ! Vous vous prenez dans les bras et ça te fait un drôle d'effet. Tu ne sais pas si ça vient de Loïc ou de toi mais l'étreinte se prolonge et une douce chaleur t'envahie.
Au loin, tu entends la guitare de Manu et quelques chants. Alors, sans rien dire, juste en échangeant un regard dont le sens t'échappe, vous enfilez tranquillement vos affaires et vous vous rapprochez du reste du groupe. Aurélien a lancé son jeu préféré. Pendant que Manu joue les accords d'une chanson plus ou moins connue, il improvise des paroles inédites sur un titre tout droit sorti de son imagination. Ca te fait sourire de l'entendre ainsi revisiter les paroles de Téléphone et de le voir remplacer « YUn jour j'irai à New York avec toi » par « j'ai faim de toi, je ne pense qu'à ça. J'ai envie de t'enlacer », tout en regardant de manière très soutenue la jolie Judith. Aurélien a toujours été le grand séducteur du groupe et personne ne serait capable de lister toutes les filles avec lesquelles il est sorti, pas même toi qui est pourtant si curieux de ce genre de petites infos. Quand arrive ton tour, tu t'éclates à inventer de nouvelles paroles sur l'air d'un tube des années 80. Tu te moques complètement de savoir si c'est bien ou pas. Quelle importance ? Tu t'en fous de sentir que tu n'es pas en rythme, que certaines rimes ne sont pas très baudelairienne. Tu profites du moment. En plus, tu as toujours adoré chanter, même si tu dois bien être le seul.
Manu a fini par poser sa guitare pour aller se servir une bière et une musique très électro se fait entendre. Tu as toujours été un peu timide et danser en public t'as toujours un peu gêné. Mais Loïc se lève et te fais signe de le rejoindre. Alors, tu finis ton verre cul sec, tu te lèves et tu files sur le dancefloor en gravier. Tout le monde danse et tu commences à te lâcher. Ca fait du bien de se bouger, de faire le con, simplement. Manon en profite pour venir se trémousser devant toi en enchaînant les clins d'½il langoureux. Celle là, alors ! Pendant un instant, tu t'imagines en train de l'embrasser, là, tout de suite, comme ça, sur une simple impulsion. Trop tard, la seconde est passée. Ce ne sera pas pour ce soir et déjà, elle est partie s'amuser avec Alexis et Yvan, très en forme vu le nombre de vodka qu'ils ont descendu depuis toute à l'heure. C'est avec Yvan et Loïc que tu as pris ta première cuite. Tu t'en souviens encore et le potager de la mère d'Yvan certainement aussi...
Quelques uns continuent de danser. De petits groupes se forment ici et là. Un certain calme s'installe progressivement. Tu aimes bien ce moment où toute l'énergie de la soirée semble finir de se consumer et où ne reste que la magie d'une nuit d'été. Où tous les bons moments partagés pendant les dernières heures semblent avoir pénétrés les c½urs et où on se sent fatigué mais tellement bien. Où on n'a aucune envie de dormir et où on essaie de résister pour faire durer la magie et la complicité encore un peu. Rien qu'une minute... puis une autre.
Tu vas t'asseoir à côté du feu de camp. Tu as toujours été fasciné par cet espèce de brasier et tu adores écouter les bouts de bois éclater, sentir les flammes réchauffer ton visage et les voir danser dans la nuit. Tu aperçois Aurélien et Judith, sous un des arbres qui bordent la maison. Ca y est, il vient de l'embrasser. La liste s'allonge encore un peu. Tu ne peux pas t'empêcher de leur envier cet instant de douceur qui s'inscrit si bien dans cette soirée. Mais bon, après tout, quelle importance.
Tu te contentes d'écouter Manu qui a repris sa guitare et fume un nouveau joint. Tu te lèves et te rapproches de lui. Sans un mot, il te le tend et tu tires quelques lattes en toussant un peu. Tu le remercie d'un clin d'½il et tu retournes t'adosser à l'arbre qui protège le feu. L'herbe est douce. Tu te sens dériver un peu. Tu as l'impression de t'être débarrassé de quelques kilos qui devaient être sur tes épaules et dont tu ne t'étais même pas aperçu de la présence. En tous cas, maintenant, ils sont partis. C'est tout ce qui compte. En fouillant dans ta poche, tu retrouves une cerise que tu avais piquée sur l'arbre, en venant. Tu la porte à ta bouche et tu la mange. Elle est tellement bonne. Tu te mets à chantonner les paroles d'une vieille chanson qui parle de mer et d'une île. Peut être du Laurent Voulzy, qui sait. Tu as fermé les yeux. Tu te sens tellement bien, allongé sur le dos, dans l'herbe qui te fait penser à un tapis de pétales. Tu sais que tu es déchiré mais ce n'est pas grave. Tu planes, voilà tout. Tu entends des pas se rapprocher de toi et tu réussis à ouvrir les yeux. C'est Loïc. Tu as l'impression qu'il te sourie mais tout te semble un peu brumeux. Le film a l'air de se dérouler au ralenti et tu as l'impression de le regarder de très très loin. Il s'allonge à côté de toi et tu jurerais qu'il te chuchote quelque chose à l'oreille que tu serais bien incapable de répéter. Mais bon, tu lui souris. Il pose ses lèvres sur les tiennes et t'embrasse tout doucement. C'est sans doute un rêve qui prouve que la beuh de Manu est toujours aussi forte. La sensation est plutôt agréable au point que tu as fermé les yeux. Tu sens sa tête reposer sur ta poitrine et tu l'entends respirer tranquillement. Tu n'as plus la force de rouvrir les yeux. Alors tu te laisses emporter tranquillement dans le sommeil en attendant de savoir quelle est la suite de cet étrange trip. Mais, une nouvelle fois, des bruits de pas te poussent à ouvrir les yeux, au pris d'un effort que tu ne te croyais pas capable de faire.
C'est Manon. Elle a l'air si petite dans la nuit et si fragile. Elle te demande si ça va et tu lui réponds que oui sans articuler un seul mot. Tu peux juste constater que Loïc est bien là, dans la réalité, et qu'il s'est endormi contre toi. Tu lui caresses les cheveux distraitement. Il a l'air tellement apaisé. Tu ne prends même pas un instant pur te demander s'il t'a réellement embrassé. Quelle importance ? Manon s'allonge à côté de toi et pose sa petite tête sur ton épaule. Tu es bien. Tu te remets à chantonner si doucement que tu demandes si les paroles sortent réellement de ta bouche. Loïc a ouvert les yeux et s'est un peu redressé. Il vous regarde, toi et Manon en souriant. Tu l'entends dire quelque chose comme « On est trop bien, comme ça, tous les trois » ! Tu as juste la force de hocher la tête pour lui dire oui, de les regarder, lui et Manon, et de t'endormir entre leur deux corps, à l'abri, dans leur chaleur.
Oui, tu es trop bien et rien ne peut atteindre cet instant. Ni les quelques notes de guitare, ni le feu qui termine de se consumer, ni même les rires de Seb et de quelques autres qui ont du retourner se baigner et qui crient « j'ai soif » en imitant la voix d'un spectre de noyé qui erre dans la nuit et qui ne risque pas de te faire peur. Tu es l'abri. Tu te sens fatigué mais tellement vivant, tellement heureux...