Ca ne s'efface pas...



Ils sont tout récents ou datent déja de plusieurs semaines... ils m'ont fait rire, sourire, pleurer, cogiter... Ils ont duré 1 seconde, 1 minute ou 1 heure... En tous cas, ils sont tous à l'abri dans un petit coin de ma tête (ou de mon coeur) et on dirait qu'ils ne sont pas prêts de s'en aller. Tant mieux !

Lui qui éclate de rire en faisant la lecture à 10 improvisateurs qui lui tournent le dos.
C'est tellement bon d'entendre quelqu'un qui rit et qui n'arrive pas à s'arrêter. Tellement bon de sentir le rire de quelqu'un si fort qu'il en devient contagieux et qu'au bout de quelques secondes, on est 11 à rire ensemble et à lutter pour essayer de s'arrêter (on se demande bien pourquoi d'ailleurs...).

Elle qui me regarde avec ses grands yeux et qui me dit que je ne l'aime plus autant qu'avant.
Faut jamais oublier de dire à ses amis qu'on les aime très fort et surtout ne jamais rater une occasion de le leur montrer (les paroles, ça fait parfois du bien mais ça ne remplace pas les actes. Allez ce soir, c'est ciné, resto, digo avec ma blondinette préférée).

Lui qui me raconte des petits morceaux de sa vie, des petits secrets touchants et enfouis, des histoires d'homme ballons, de soirées hors du temps où on a envie de devenir l'ange gardien de quelqu'un à condition de ne jamais se revoir pour que le moment reste unique...Tout ça à minuit passé, sur un banc, comme ça sans raison, et avec pour seuls témoins des petites souris qui se courent après...
J'aime les confidences sous la lune. On dirait que la montre s'arrête et que tout se fige autour de nous.

14 personnes sur la scène d'un café théâtre lyonnais en train de travailler la 3ème saison d'un spectacle à quelques jours de la première, un truc auquel personne ne croyait vraiment deux ans avant, qui s'était même joué une fois devant une seule personne. Un truc qui nous tenait à coeur à ma rougeoyante et à moi et pour lequel on a passé des dizaines d'heures à bosser sur des terrasses de café, un crayon à la main sans lâcher l'affaire, sans renoncer et qui va nous offrir une saison de plaisir...Que de chemin parcouru.
Quand on croit à quelque chose, qu'on veut vraiment que ça se réalise, il ne faut jamais renoncer, ne pas avoir peur de transpirer. C'est con à dire mais les efforts sont souvent récompensés (pas toujours, c'est vrai mais au moins, on n'a pas de regret) et à deux, c'est toujours plus facile d'avancer, de ne pas se décourager. Y en a toujours un pour relever l'autre et c'est tellement plus sympa de fêter la réussite à deux que tout seul et tellement moins triste de pleurer sur l'épaule de quelqu'un que tout seul... J'aime bien les aventures partagées !

2 amis qui se comprennent en quelques secondes. Le premier, assis sur son lit, qui jette à l'autre quand il ouvre la porte, un regard si fort, tellement chargé de sens et d'émotions, une larme au coin de l'oeil. Le second qui ne baisse pas les yeux et répond par un "me juge pas mec" tellement sincère avant de ressortir. Une porte qui se ferme. Quelques secondes qui passent. La porte qui se rouvre. Un nouveau regard qui l'accueille accompagné d'un sourire, d'un de ces sourires qui éclairent tout un visage et chasse la petite larme qu'on pouvait voir quelques secondes avant. Un sourire aussi sincère que l'était la larme qui l'avait précédé.
Quelques secondes seulement pour comprendre et se rappeler qu'entre amis, on ne se juge jamais. Qu'on ai tort ou raison, quelle importance puisqu'on aime l'autre, même s'il se trompe. On est là l'un pour l'autre, c'est tout. J'aime être le témoin de moments d'amitié aussi forts et aussi vrais.

Elle que je croise au détour d'une photo sur FB et qui me fait revivre des mois que j'aurai aimé voir se transformer en années, en "toute la vie". Quelques secondes à rèver et une seule pour me rendre compte que ça n'arrivera jamais et que ça fait chier de ne pas avoir été "le bon" pour elle !
Est ce qu'on guérie de ce genre de maladie ?

Lui qui danse en hésitant puis en virevoltant aux 4 coins de la scène sous les rires du public et au son d'un tube Dance de David Guetta. Moi qui croise les doigts (et qui serre les fesses) pour que la bande son ne s'ârrête pas avant la fin et ne gâche pas tout. Moi encore qui apprécie chaque seconde et qui voit que la petite boule de feu du danseur se transforme en météore dès qu'il est sur une scène. Moi qui suis sincèrement heureux, même dans l'ombre, de voir un autre dans la lumière profiter des applaudissements, parce qu'ils les a bien mérités et qu'il n'y aucune amertume à ne pas être celui qu'on applaudi quand on a l'impression que l'autre a vraiment joué comme on n'aurait soi même jamais pu le faire, l'impression que ce qu'on a écrit, imaginé, l'autre a réussi à le faire vivre. Moi toujours,mais un peu plus triste, de voir qu'après les applaudissements et les verres partagés avec les uns et les autres, il n'y a pas le moment, une fois tout le monde parti et même s'il est très tard où on partage la joie d'une réussite, juste à deux, parce que c'est à deux qu'on a bossé, douté, hésité, avancé et réussi. Tant pis...

Moi qui me réveille à 4 heures du matin. Pas sommeil. Moi qui décide finalement de me lever, m'habiller et sortir. Moi qui monte jusqu'à Fourvière pour regarder le soleil se lever et qui kiffe violemment parce que c'est beau Lyon la nuit et c'est encore mieux de voir le soleil qui se lève au dessus de la ville. Et que ces 10 mn de plaisir valent bien tous les baillements que je vais enchaîner au boulot toute la journée !

# Posté le vendredi 02 octobre 2009 10:33

Modifié le vendredi 02 octobre 2009 17:46

Juste une toute petite histoire

Juste une toute petite histoire
C'est une petite histoire de rien du tout, du genre de celle qu'on pense à écrire mais qu'on n'écrit finalement pas. Le genre de petite histoire qui vous vient comme ça, qui vous donne un petit pincement au c½ur. Le genre de petite histoire que, sur le coup, vous avez profondément envie de vivre et qui repart aussi vite qu'elle est arrivée, qui s'envole de votre esprit comme une feuille en automne.

C'est l'histoire d'un fils et de son père. C'est l'histoire d'un fils qui décide d'emmener son père à l'autre bout du monde. Où ? Ca n'est pas important. Ce qui est important, c'est que ce soit loin. Alors tu imagines ce que tu veux, l'Australie, la muraille de Chine, la Road 66... Le fils, lui, il imagine un pays Nordique. Peut être le grand Nord. Il ne sait pas encore vraiment mais ce qu'il sait c'est que son père craint la chaleur. Et il veut que son père se sente bien pendant ce voyage. Il sait qu'au départ, son père dira non. Qu'il demandera pourquoi et qu'est ce que c'est que cette nouvelle fantaisie ? Il trouvera tout un tas de bonnes raisons de rester, sa mère, sa s½ur, une course à faire...Et pourquoi et où est ce que tu veux m'emmener ? Il sait que lui, il n'aura pas envie de lui répondre, pas envie de lui expliquer. Il aura juste envie de lui dire « suis-moi », parce que je te le demande et surtout parce que je suis ton fils.

Il sait, enfin il pense, il espère surtout que finalement son père dira oui. Il ne lui laissera pas le temps de trop réfléchir. Dans cette petite histoire, on prépare ses bagages tout de suite, on n'attend pas. Les billets d'avion, il les aura déjà achetés. Alors, on montera dans la bagnole et on filera à l'aéroport, avant de changer d'avis. Son père pourrait décider de tout arrêter avant l'embarquement et... lui aussi. Après tout, dans cette histoire, il sait que tant qu'ils ne seront pas dans l'avion, il se demandera toujours si c'est une bonne idée. Si tout va se passer comme il aimerait que ça se passe. Il sait bien que ça ne marche pas comme ça et c'est aussi ça qui fera que peut être ce voyage sera unique. Parce qu'on ne prévoit pas les réactions de son père et encore moins ses propres émotions.

Dans cette petite histoire, on ne parle pas trop. On se regarde et on s'écoute ne pas parler. Il y a des silences qui sont tellement forts parfois. On parle pour se rassurer mais c'est quand on arrive au silence qu'on sait que c'est gagné. Qu'est ce qui est gagné ? C'est dur à dire. Le fils ne saurait pas vraiment le dire parce qu'il ne le sait pas vraiment. Il le sent, c'est tout. Il a sentit qu'il était temps de faire ce voyage avec son père. Loin, très loin. Pour qu'aucun des deux ne puissent faire machine arrière et qu'ensemble, ils vivent une aventure qui les rapproche pour toujours... même après...

Il n'y aura pas de photo de voyage, dans cette petite histoire. Les photos seront dans son c½ur. Elles ne s'effaceront jamais. Alors, qu'ils soient devant un building géant, un animal exotique en train de brouter ou une cascade gigantesque, il n'y aura pas de photo d'eux en train de poser et de sourire bêtement à l'objectif. Il espère juste qu'ils se souriront intérieurement et qu'il sentira ce sourire lui réchauffer le c½ur. Son père n'aime pas être pris en photo de toutes façons et lui non plus. Ils aiment bien tenir l'appareil mais pas se retrouver piéger devant. C'est comme ça. C'est un de leurs points communs.

C'est une petite histoire où un fils a compris après bien des années qu'il ressemblait à son père. C'est une petite histoire où un fils a mis longtemps à comprendre ce qui aujourd'hui lui semble évident. C'est une histoire de chassés croisés, une histoire où un fils croit qu'il est l'opposé de celui qui lui a donné la vie. Qu'ils sont tous les deux à des années lumières l'un de l'autre et qu'ils ne se comprendront jamais. C'est une histoire où le fils a longtemps cru que son père n'était pas à la hauteur et qu'il devait grandir en devenant son opposé. C'est une histoire où le fils a longtemps cru que son père ne l'aimait pas vraiment, pas assez, pas autant qu'il aurait voulu. C'est une histoire où on met très longtemps à comprendre, très longtemps à ressentir ce qui pourtant un jour devient évident. C'est une histoire où un fils réalise que lui aussi il a du mal à dire certains mots comme je t'aime. C'est une histoire où un fils se dit que lui aussi, il est devenu expert dans l'art de montrer ce qu'ils ressent aux personnes à qui il tient mais qu'il a bien du mal à dire des mots tout simples, des mots que certains balancent à tout va sans jamais les ressentir. Lui, il les a ressentis souvent mais c'est tellement plus dur à dire qu'à prouver. Alors pourquoi cela aurait-il été plus facile pour son père que pour lui ? Parce que c'est son père et qu'il n'est que le fils ?

C'est une petite histoire où un fils espère qu'à l'autre bout du monde, il va apprendre à connaître son père mais aussi à se connaître lui même à travers tout ce qui les rapproche mais aussi à travers toutes leurs différences. Ca se passera dans une plaine sans fin, sur une barque au milieu d'un lac ou sur une plage de cailloux... Quelle importance. C'est une histoire où ce qui compte c'est d'être enfin ensemble avec rien pour les distraire d'eux-mêmes, de ce qu'ils ont à se dire aux travers de leurs regards. Une histoire où un fils espère qu'il arrivera à dire à son père qu'il l'aime, qu'il le remercie de l'avoir aidé à grandir et à devenir ce qu'il est. Une histoire où un fils espère que son père lui dira juste quelques mots, des mots comme « je suis fier de toi » suivi d'une bourrade amicale. Des mots magiques qui l'aideront à prendre confiance en lui, à réaliser que finalement il peut être un type bien.

C'est une toute petite histoire que le fils, s'il la vit un jour, gardera toujours au fond de son c½ur et qui, il le sait, l'aidera à grandir, l'aidera à aimer, l'aidera à devenir plus fort, à croire en lui. Car on ne croit vraiment en soi que quand on a vu son père le faire, le dire, le montrer d'un regard ou d'une tape dans le dos.

C'est une toute petite histoire sur le temps qui passe, qui file aussi vite que l'air et emmène avec lui les années. C'est une toute petite histoire. Celle d'un fils qui voit vieillir son père, qui voit les rides se creuser sur son front, les cheveux gris se recouvrir de neige.

C'est une toute petite histoire, de celles qu'il faut vivre parce que les jours, les mois et les années filent, sans qu'on s'en rende vraiment compte. Parce que le fils sait qu'il a besoin de vivre un jour cette aventure avec son père, ce moment qu'il n'oubliera jamais et qui sera gravé pour toujours dans son c½ur.

C'est une toute petite histoire qui ne doit pas rester écrite sur un papier ou sur un blog. C'est une histoire à vivre. C'est une histoire dont on repousse souvent la réalisation au lendemain. Mais c'est une histoire qu'on regrettera toujours d'avoir repoussé trop loin si, finalement, on ne la vit pas... Ne pas attendre de n'avoir plus que des regrets. Non surtout pas !
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# Posté le dimanche 16 août 2009 16:25

Modifié le dimanche 16 août 2009 19:13

Sous un ciel étoilé

Sous un ciel étoilé


T'as hésité pendant deux heures devant ton placard pour décider quel tee shirt t'allais bien mettre et surtout quelles pompes, histoire que tout soit bien assorti. T'as fini par te décider mais, le temps de te brosser les dents et de mettre un peu de gel, tu t'es rendu compte que ton pantalon n'allait pas avec le reste. Alors, t'as tout enlevé, les pompes, le tee shirt et même ton boxer qui finalement ne te va pas si bien que ça. Comme t'as fait tout ça en écoutant Charlie Winston, le petit stress de la tenue idéale n'a pas été trop violent et, au final, à la fin de l'album (pour être sincère, après avoir écouté deux fois l'album), tu es enfin prêt et pas mécontent d'avoir choisi ce bermuda avec cette paire de converse et ce tee shirt col en V qui fait ressortir ton bronzage et tes yeux verts. Eh ouais, s'agirait pas d'oublier de les mettre en valeur. Allez, tu résistes à la tentation de passer une nouvelle fois devant la glace parce que sinon, tu sais bien que tu vas tout recommencer et que là, vraiment, tu n'as plus le temps.

Tu montes dans ta petite bagnole. Tu mets « Umbrella » à fond et t'ouvres la fenêtre. Ca t'amuse de passer pour un petit con, pendant cinq minutes. Au premier feu rouge, les passagers de la bagnole à côté de la tienne te regardent, l'air amusé. Un petit sourire échangé... Eux aussi, ils kiffent. Ca te fait plaisir, cette complicité de trente secondes et tu repasses la première. Dehors, il fait beau. La journée se termine doucement mais il doit faire encore pas loin de trente degrés. Tu profites du brin de vent qui s'engouffre par la vitre et ton esprit vagabonde au point que cinq minutes après, tu ne te rappelles même pas avoir fait les derniers kilomètres. Ca te fait marrer le pilotage automatique. Tu reprends les paroles a tue tête et, si ce n'était pas toi qui conduisais, tu bougerais bien un peu. Mais bon, chaque chose en son temps, tu te rattraperas toute à l'heure. Tu laisses la ville derrière toi et ta petite auto avance avec toute la vitesse de ses cinq chevaux. C'est pas grave, t'es le roi du monde et, quand tu aperçois la première vache dans son coin de prairie, tu lui offres un petit coup de klaxon en guise de bonjour. Le soleil commence à se coucher tout doucement, alors que pour toi, la nuit ne fait que commencer. Tu en profites pour relever le pare soleil. Il fait si doux... Oh, et puis merde, les autres t'attendront. Tu te gares le long de la départementale, tu fais sauter ta ceinture de sécurité et tu sors de la voiture. C'est tout simplement trop beau. La campagne s'étend si loin et les cerisiers sont si proches, eux. Tu jettes un coup d'½il à gauche et à droite et tu passes au dessus de la clôture électrique. Tu te prends pour un vrai gangster pendant deux secondes et t'aimes ça. Le Bad boy va piquer des cerises dans l'arbre. En, quelques secondes, t'as réussis à te hisser jusqu'au premières branches et tu engloutis plusieurs poignets de ce précieux butin. Trop bon. T'aurais adoré que le paysan te surprenne et qu'il essaie de te tirer dessus avec son fusil à plombs, juste pour le plaisir de filer à toute vitesse en écoutant des bordées d'injures lointaines et de monter dans ta bagnole en la démarrant la portière encore ouverte, comme dans les films. Mais bon, il n'est pas là. Alors tu repars tranquillement après avoir gravé tes initiales sur le tronc, en souvenir. C'est ton côté cliché ! Tu souris en te moquant de toi-même. Chacun ses petites faiblesses, non ?

T'as enlevé tes converses et tu conduis pieds nus. Tu adores la sensation que ça procure. Et, finalement, du premier coup, tu repères le petit chemin caché sur la droite que tu parcoures chaque année à la même époque et qui mène jusqu'à chez Seb qui se fait toujours un devoir d'organiser le premier barbecue des vacances. Ca y est, tu aperçois le toit de la maison, juste derrière les arbres. Tu remets tes pompes tellement bien assorties avec le reste, tu attrapes la bouteille de rosé que tu avais délicatement posée dans le coffre et tu termines à pieds les quelques mètres qui te séparent du jardin. Ils sont déjà tous arrivés. Tu les vois s'activer de loin. C'est Greg qui est en train de ramasser des brindilles avec Léo et Delphine. Là, bas, au bord de l'étang, tu crois reconnaître Noémie avec Anthony et, à côté du barbecue, Seb est en train de boire une bière, sûrement pas la première d'ailleurs, avec, mais oui, c'est lui, Loïc. Putain, il est déjà rentré des Etats-Unis. Ca fait un an que tu ne l'as pas vu et MSN ne remplacera jamais le plaisir que tu prends à courir jusqu'à lui, en tentant de faire le moins de bruit possible, avec la complicité de Seb qui lui, t'as bien vu arriver. Tu te saisis des épaules de Loïc qui se retourne et, après une immense seconde à vous regarder, à vous détailler des pieds à la tête, vous vous prenez dans les bras pour ressentir encore plus fort vos retrouvailles. T'as l'impression qu'on vient de t'injecter une grosse dose de bonheur dans les veines et c'est de la bonne. Bras dessus, bras dessous, vous faites le tour de la maison en serrant quelques mains, en faisant quelques bises. Tiens, même Marion et Quentin ont réussi à venir. Ils sont toujours ensemble. T'aurais parié le contraire... d'ailleurs tu te demandes si tu ne l'aurais pas parié, en fait. Peut être qu'un des autres ne va pas tarder à venir te voir pour te réclamer une dette de jeu dont tu ne te souviens pas non plus.

Loïc n'a pas changé. Il est juste encore plus bronzé que d'habitude. Faut dire que le soleil de Californie a du lui filer un bon coup de main. Il a l'air zen et son petit sourire en coin, toujours un brin moqueur ne l'a pas quitté. Il te raconte son année au pays de l'oncle Sam et tu l'écoutes distraitement en souriant. En fait, tu n'écoutes rien. Tu es juste heureux qu'il te parle. Vous allez vous asseoir au bord de l'étang, après avoir attrapé une bouteille de rosé au passage. C'est votre moment à tous les deux. T'as quitté tes pompes et tu mets, pour la première fois de l'été, tes pieds dans l'eau. Elle est fraiche et tu te dis qu'il te faudra pas mal de motivation et plusieurs verres pour te baigner, toute à l'heure. La nuit commence à tomber tout doucement. Tu réponds aux quelques questions de Loïc qui n'en posent pas si souvent que ça. Après tout, il sait déjà l'essentiel : il t'a manqué et ça, tu ne peux pas le lui cacher. Vous avez toujours été si proches, tous les deux. Même école primaire, même collège, même lycée et, s'il n'avait pas décidé d'arrêter l'anglais, vous seriez toujours ensemble à la fac. C'est ton meilleur ami, ton frangin, ton âme s½ur... Qu'est ce que cette année a été longue sans lui pour partager tes petites joies et tes petites peines. Après tout, c'est sans doute le seul qui parvienne à lire en toi comme dans un livre et à qui tu ne réussis jamais à faire croire que tout va bien quand ... tout ne va pas bien !

La bouteille est vide. Tu décides d'opérer un virage stratégique vers le buffet, Loïc à tes côtés. Quand vous arrivez, le barbecue est prêt. Tu adores cette odeur de viande qui grille tout doucement. Seb a battu le rappel et tout le monde s'installe autour de la grande table du jardin. L'apéro a opéré et tout le monde semble de très bonne humeur. Philippe fait le service, ce qui ne le change guère de l'école hôtelière où il termine ses études. Les merguez sont cuites à point et les rires fusent de tous les côtés. Manu a pris sa guitare et gratte quelques accords pendant que Seb ramène de nouvelles bouteilles sur la table. La nuit est bien tombée maintenant et les étoiles sont au rendez-vous. Tu te sens tellement bien. Une douce ivresse t'a envahi. Tu taquine gentiment Lisa qui a mis la robe la plus laide que tu n'as jamais vue et elle te renverse la moitié d'une bouteille d'eau sur la tête. Impossible de lui laisser le dernier mot. Tu t'empares du plat de taboulé et tu lui en jettes une grosse poignée. La bataille rangée ne fait que commencer et, ce n'est pas Seb qui va essayer de calmer tout ça. Au contraire. Aidé par Stephane, il attrape Lisa par les pieds et l'emmène d'un pas décidé jusqu'à l'étang où, malgré ses grands cris, elle se retrouve la tête la première dans l'eau, toute habillée.

Naturellement, Lisa se met immédiatement à arroser tout le monde et quand Seb se met à hurler « tout le monde à l'eau », ça ne surprend personne. Loïc est déjà en caleçon et se balance dans l'étang alors que tu as encore tes converses au pied. Hors de question de se dégonfler. D'ailleurs, tu n'en as aucune envie. L'année dernière, presque jour pour jour, tu étais dans l'eau avec lui, à quelques heures du départ de son avion. Alors, tu fais sauter ton tee shirt, ton bermuda et tu plonges dans l'étang pour retrouver les autres. Ouah qu'elle est fraîche !

Tu n'as même pas le temps de faire une brasse que Loïc est déjà sur toi et t'entraîne vers le fond, en te tirant par les pieds. Tu avales une grande tasse d'une eau dont tu ne préfères pas savoir la composition. Tu te demandes le temps d'un instant si la légende que raconte toujours Seb à propos de ce mec qui se serrait noyé et qui hante les bois depuis en criant « j'ai soif » a une chance d'être vraie et tu décides finalement ...que non ! La bagarre fait rage dans l'eau et le corps à corps avec Loïc tourne en sa faveur. Tu t'en fous. Il gagne souvent à ce jeu là. T'es juste content d'y jouer avec lui et de le sentir à côté de toi. C'est à ce moment là que tu te rends compte, comme d'une évidence, de l'importance qu'il a pour toi, de la place qu'il occupe dans ta vie. Tu te demandes simplement pourquoi tu ne le lui dis pas davantage. Le temps de prendre cette résolution, la jolie Manon, cette petite brunette avec qui tu as du échanger ton premier baiser quand tu n'avais guère plus de 14 ans et avec laquelle Loïc a d'ailleurs du sortir quelques semaines quand vous étiez à peine plus âgés, se faufile et tente de te couler. Pas de chance, tu l'as vu arriver. Tu la saisie par la taille et tu la projettes très loin devant toi. Tu l'entends cracher un peu d'eau et rire aux éclats, en nageant vers toi. Tu ne l'avais pas encore vu ce soir et là encore, ça te remue. Cette fille a toujours occupé une place particulière dans ton c½ur. Personne n'a jamais réussi à effacer ce premier baiser et le si joli frisson qui t'avait parcouru au moment de fermer les yeux et d'approcher ton visage du sien. C'était derrière le gymnase, en 4ème. Tu n'arrives plus à te souvenir pourquoi ça n'a pas marché mais tout ce qui compte, c'est qu'aujourd'hui, comme tous les ans, vous allez avoir l'occasion de vous retrouver et de parler de ce baiser tellement mythique. Ca a été le seul mais si on te donnait un euro pour chaque occasion où vous en avez reparlé tous les deux, sur que tu pourrais t'acheter... quoi, au fait ? Pas le temps d'y penser car Loïc est revenu à la charge et qu'il est temps de fuir avant d'avaler une autre tasse d'étang.

La plupart des baigneurs est repartie tranquillement vers le barbecue. La natation, ça creuse. Mais tu es bien dans l'eau. Tu te sens libre. Mais bon, il commence à faire un peu froid. Alors, avec Loïc et Manon, vous sortez de l'eau. Pendant que Manon, toujours aussi mignonne repart se changer, vous restez là, tous les deux. Pas besoin d'échanger un mot. Vous vous allongez là, comme ça, sans même vous sécher ou vous rhabiller. Epaule contre épaule, vous regardez les étoiles et vous vous faites cadeau des commentaires qui ne servent à rien et qui gâcheraient sans doute ce moment. « Tu m'as manqué l'affreux » ! C'est lui qui vient de te dire ces mots. D'ailleurs, c'est le seul qui t'a jamais appelé comme ça. Une petite marque d'affection. Ces quelques mots te vont droit dans le c½ur. « Toi aussi tu m'as manqué. Je suis tellement content que tu sois rentré ». Ca y est, tu l'as dit ! Vous vous prenez dans les bras et ça te fait un drôle d'effet. Tu ne sais pas si ça vient de Loïc ou de toi mais l'étreinte se prolonge et une douce chaleur t'envahie.

Au loin, tu entends la guitare de Manu et quelques chants. Alors, sans rien dire, juste en échangeant un regard dont le sens t'échappe, vous enfilez tranquillement vos affaires et vous vous rapprochez du reste du groupe. Aurélien a lancé son jeu préféré. Pendant que Manu joue les accords d'une chanson plus ou moins connue, il improvise des paroles inédites sur un titre tout droit sorti de son imagination. Ca te fait sourire de l'entendre ainsi revisiter les paroles de Téléphone et de le voir remplacer « YUn jour j'irai à New York avec toi » par « j'ai faim de toi, je ne pense qu'à ça. J'ai envie de t'enlacer », tout en regardant de manière très soutenue la jolie Judith. Aurélien a toujours été le grand séducteur du groupe et personne ne serait capable de lister toutes les filles avec lesquelles il est sorti, pas même toi qui est pourtant si curieux de ce genre de petites infos. Quand arrive ton tour, tu t'éclates à inventer de nouvelles paroles sur l'air d'un tube des années 80. Tu te moques complètement de savoir si c'est bien ou pas. Quelle importance ? Tu t'en fous de sentir que tu n'es pas en rythme, que certaines rimes ne sont pas très baudelairienne. Tu profites du moment. En plus, tu as toujours adoré chanter, même si tu dois bien être le seul.

Manu a fini par poser sa guitare pour aller se servir une bière et une musique très électro se fait entendre. Tu as toujours été un peu timide et danser en public t'as toujours un peu gêné. Mais Loïc se lève et te fais signe de le rejoindre. Alors, tu finis ton verre cul sec, tu te lèves et tu files sur le dancefloor en gravier. Tout le monde danse et tu commences à te lâcher. Ca fait du bien de se bouger, de faire le con, simplement. Manon en profite pour venir se trémousser devant toi en enchaînant les clins d'½il langoureux. Celle là, alors ! Pendant un instant, tu t'imagines en train de l'embrasser, là, tout de suite, comme ça, sur une simple impulsion. Trop tard, la seconde est passée. Ce ne sera pas pour ce soir et déjà, elle est partie s'amuser avec Alexis et Yvan, très en forme vu le nombre de vodka qu'ils ont descendu depuis toute à l'heure. C'est avec Yvan et Loïc que tu as pris ta première cuite. Tu t'en souviens encore et le potager de la mère d'Yvan certainement aussi...

Quelques uns continuent de danser. De petits groupes se forment ici et là. Un certain calme s'installe progressivement. Tu aimes bien ce moment où toute l'énergie de la soirée semble finir de se consumer et où ne reste que la magie d'une nuit d'été. Où tous les bons moments partagés pendant les dernières heures semblent avoir pénétrés les c½urs et où on se sent fatigué mais tellement bien. Où on n'a aucune envie de dormir et où on essaie de résister pour faire durer la magie et la complicité encore un peu. Rien qu'une minute... puis une autre.

Tu vas t'asseoir à côté du feu de camp. Tu as toujours été fasciné par cet espèce de brasier et tu adores écouter les bouts de bois éclater, sentir les flammes réchauffer ton visage et les voir danser dans la nuit. Tu aperçois Aurélien et Judith, sous un des arbres qui bordent la maison. Ca y est, il vient de l'embrasser. La liste s'allonge encore un peu. Tu ne peux pas t'empêcher de leur envier cet instant de douceur qui s'inscrit si bien dans cette soirée. Mais bon, après tout, quelle importance.

Tu te contentes d'écouter Manu qui a repris sa guitare et fume un nouveau joint. Tu te lèves et te rapproches de lui. Sans un mot, il te le tend et tu tires quelques lattes en toussant un peu. Tu le remercie d'un clin d'½il et tu retournes t'adosser à l'arbre qui protège le feu. L'herbe est douce. Tu te sens dériver un peu. Tu as l'impression de t'être débarrassé de quelques kilos qui devaient être sur tes épaules et dont tu ne t'étais même pas aperçu de la présence. En tous cas, maintenant, ils sont partis. C'est tout ce qui compte. En fouillant dans ta poche, tu retrouves une cerise que tu avais piquée sur l'arbre, en venant. Tu la porte à ta bouche et tu la mange. Elle est tellement bonne. Tu te mets à chantonner les paroles d'une vieille chanson qui parle de mer et d'une île. Peut être du Laurent Voulzy, qui sait. Tu as fermé les yeux. Tu te sens tellement bien, allongé sur le dos, dans l'herbe qui te fait penser à un tapis de pétales. Tu sais que tu es déchiré mais ce n'est pas grave. Tu planes, voilà tout. Tu entends des pas se rapprocher de toi et tu réussis à ouvrir les yeux. C'est Loïc. Tu as l'impression qu'il te sourie mais tout te semble un peu brumeux. Le film a l'air de se dérouler au ralenti et tu as l'impression de le regarder de très très loin. Il s'allonge à côté de toi et tu jurerais qu'il te chuchote quelque chose à l'oreille que tu serais bien incapable de répéter. Mais bon, tu lui souris. Il pose ses lèvres sur les tiennes et t'embrasse tout doucement. C'est sans doute un rêve qui prouve que la beuh de Manu est toujours aussi forte. La sensation est plutôt agréable au point que tu as fermé les yeux. Tu sens sa tête reposer sur ta poitrine et tu l'entends respirer tranquillement. Tu n'as plus la force de rouvrir les yeux. Alors tu te laisses emporter tranquillement dans le sommeil en attendant de savoir quelle est la suite de cet étrange trip. Mais, une nouvelle fois, des bruits de pas te poussent à ouvrir les yeux, au pris d'un effort que tu ne te croyais pas capable de faire.

C'est Manon. Elle a l'air si petite dans la nuit et si fragile. Elle te demande si ça va et tu lui réponds que oui sans articuler un seul mot. Tu peux juste constater que Loïc est bien là, dans la réalité, et qu'il s'est endormi contre toi. Tu lui caresses les cheveux distraitement. Il a l'air tellement apaisé. Tu ne prends même pas un instant pur te demander s'il t'a réellement embrassé. Quelle importance ? Manon s'allonge à côté de toi et pose sa petite tête sur ton épaule. Tu es bien. Tu te remets à chantonner si doucement que tu demandes si les paroles sortent réellement de ta bouche. Loïc a ouvert les yeux et s'est un peu redressé. Il vous regarde, toi et Manon en souriant. Tu l'entends dire quelque chose comme « On est trop bien, comme ça, tous les trois » ! Tu as juste la force de hocher la tête pour lui dire oui, de les regarder, lui et Manon, et de t'endormir entre leur deux corps, à l'abri, dans leur chaleur.

Oui, tu es trop bien et rien ne peut atteindre cet instant. Ni les quelques notes de guitare, ni le feu qui termine de se consumer, ni même les rires de Seb et de quelques autres qui ont du retourner se baigner et qui crient « j'ai soif » en imitant la voix d'un spectre de noyé qui erre dans la nuit et qui ne risque pas de te faire peur. Tu es l'abri. Tu te sens fatigué mais tellement vivant, tellement heureux...

# Posté le jeudi 23 juillet 2009 11:45

Juste un orage de rien du tout...

Juste un orage de rien du tout...
Cela faisait trois mois qu'Adrien n'avait pas remis les pieds dans sa chambre d'enfant. Il essaya de se remémorer pour quelle occasion il avait remonté, la dernière fois le petit escalier en colimaçon qui menait du séjour à cette pièce et les images lui revinrent immédiatement. Après tout, ce n'était pas très difficile et les raisons pour lesquelles il revenait chez ses parents étaient souvent les mêmes. Il faisait mine de discuter quelques instants avec sa mère, échangeait une bourrade affectueuse avec son père et, après quelques minutes à partager un café, en demandant des nouvelles de lointains cousins dont il se moquait éperdument, il se dirigeait nonchalamment vers l'escalier. Son petit jeu ne trompait personne mais Cathie et Louis avait la gentillesse de ne pas le montrer. Ils le laissaient s'empêtrer quelques instants dans de fumeuses explications sur cette satanée petite pièce de maquette de bateau qui lui manquait et qu'il réussirait bien à dénicher sous le lit ou dans un placard s'il cherchait un peu, et le laissait monter à l'étage.

La pièce n'avait pas changé. Chaque chose était à sa place et sa mère avait veillé, comme d'habitude, à ne pas laisser un grain de poussière se déposer sur les meubles et les jouets de son enfance. Le petit bureau d'adolescent était à la même place, tout comme les posters et le redoutable cheval à bascule qu'il avait gardé, en dépit des années, et qui lui avait valu une fracture du poignet le jour où, adolescent, il était rentré d'une soirée un peu trop arrosée et avait improvisé un rodéo qui s'était terminé aux urgences. Il avait toujours eu du mal à se défaire des traces de son passé et le coffre à jouets toujours plein en était la meilleure preuve. Il s'assit sur sa chaise qu'il fit tourner sur elle-même et regarda quelques instants à travers la fenêtre les branches du châtaigner. Il n'y avait qu'ici qu'il parvenait à réfléchir et à retrouver un peu de la sérénité dont il avait besoin. Son appartement en ville était trop bruyant et il n'y avait jamais trouvé la même énergie que dans cette chambre qu'il avait quittée à regret le jour de ses 19 ans. Deux années étaient déjà passées mais la magie restait la même.

Le visage de Sabine lui sembla se refléter sur le carreau. Elle boudait et il savait très bien pourquoi. Même dans son imagination, elle avait cette petite moue renfrognée qu'il avait tellement eu l'occasion de voir ces dernières semaines. C'est bon, se dit-il, elle est au rendez vous. Alors, il se leva de sa chaise et s'allongea mollement sur son lit pour laisser les souvenirs remonter plus facilement. Il avait fait le con, il le savait. Il l'avait toujours su mais c'était plus fort que lui. Inapte au bonheur ! Qui lui avait dit ça ? Il ne s'en souvenait plus. Peut être Peter. C'était bien son genre. Des sentences définitives et irrémédiables, des jugements arrêtés et prononcés dans un sourire. Oui, Peter avait raison. Il était inapte au bonheur, même quand celui-ci lui tendait les bras, gratuitement, sans rien attendre en retour. Sur le mur, le visage de Beyonce souriait, lui souriait. Il y vit un rictus moqueur et ferma les yeux.

Un couloir d'université, une fille qui le bouscule, ne s'excuse pas et lui qui s'adresse à elle, à son dos pour être précis, en disant un « De rien » qui fait arrêter la jeune impolie en plein élan. C'est comme ça que tout avait commencé, comme ça qu'il avait fait sa connaissance. Il se remémora l'incroyable témérité avec laquelle il l'avait remise à sa place, ce dont il ne se serait jamais cru capable et dont, d'ailleurs, il n'avait plus jamais fait preuve. Il revit en quelques flashs ce petit café partagé sur un comptoir, ces sourires entendus qu'elle lui avait lancés et la manière dont, de fil en aiguille, elle avait fini par se retrouver dans son cercle d'amis. Il n'avait jamais pensé qu'elle sortirait un jour avec lui. Il n'avait rien prémédité et c'était sans doute ce qui avait plu à Sabine. Il s'en était passé des soirées, des discussions à la belle étoile avec elle et toute la bande, sans qu'un seul instant, il imagine quoi que ce soit d'autre que des délires avec elle et les autres. Et puis un jour, comme toujours avec elle d'ailleurs, elle avait pris les devants. Il était allongé dans l'herbe du jardin de Peter, elle à ses côtés comme souvent au cours des dernières semaines, et elle l'avait embrassé sans prévenir. Il avait du avoir un léger mouvement de recul mais elle le connaissait bien et n'avait pas pris ce geste pour un refus. Alors, elle s'était accoudée au dessus de lui et avait recommencé. Dans le jardin, Peter et les autres n'avaient pas dit un mot. En tous cas, Adrien n'avait rien entendu. Quand Sabine vous embrassait, on ne pouvait plus rien entendre...hormis les petites voix intérieures qui ne lâchaient jamais prises dans sa tête. Quand Sabine avait mis fin à ce premier baiser et s'était rallongée sur le côté, il s'était senti... bien, très bien même. Oh, ça n'avait pas duré longtemps. Adrien n'était pas du genre à se sentir bien. Les voix étaient beaucoup trop fortes pour lui laisser l'occasion de le rester longtemps. Elles s'étaient rapidement remises au travail. Il se rappela même qu'à un moment, il s'était demandé si Sabine ne s'était pas trompé de partenaire, la nuit étant vraiment très noire dans le jardin de Peter. Qu'est ce qu'il pouvait être con des fois-tout le temps- pour douter de lui à ce point là. Mais sur le coup, la question lui avait paru assez sensée pour mériter d'être posée.

Dehors, les branches du châtaigner étaient agitées par le vent et les feuilles roussies par l'automne s'envolaient et venaient frapper contre le carreau. La lumière du jour avait baissé, alors qu'il était encore tôt. Petit, il avait très peur de l'orage, ce phénomène météorologique qu'il ne contrôlait pas. Adrien aimait bien sentir qu'il avait le contrôle sur les choses, qu'il comprenait les tenants et les aboutissants des évènements. Ca calmait ses angoisses. Mais avec Sabine, il n'avait rien contrôlé. Non, rien du tout. Tout était allé si vite. C'était peut être pour ça d'ailleurs que leur histoire avait fonctionné. Sabine ne lui avait pas laissé le temps de réfléchir et les petites voix dans sa tête n'avaient pas eu l'occasion de trop s'exprimer. Evidemment, elles lui avaient susurré au creux de l'oreille que ce baiser n'était qu'un délire de soirée, que Sabine avait sans doute trop bu, qu'elle s'était amusé avec lui, que, sans aucun doute, le lendemain, elle ferait comme si rien ne s'était passé ou pire encore, viendrait le voir pour lui dire qu'il valait mieux en rester là.

Mais Sabine n'en était pas restée là. Quelques jours à peine après ce premier baiser, elle s'était invitée chez lui et, alors qu'il commençait à discuter et à évoquer les résultats des partiels, elle l'avait fait taire d'un baiser très chaud. Tellement chaud... Il ressentait encore aujourd'hui son goût sucré et les battements de son coeur si forts. Ce mélange de peur et de plaisir si agréable. L'impression de ne rien contrôler, d'une machine qui s'emballe... Les vêtements avaient volé aux quatre coins de la pièce et, sans même avoir le temps de se rendre compte qu'il allait vivre sa première fois...ils étaient allongés, là, sur le sol de sa chambre, encore moite de ces quelques heures passées à s'aimer. Adrien se souvenait de chaque seconde et du plaisir qu'il avait pris à perdre les pédales dans les bras de cette fille. Rien de ce qu'il avait prévu, car Adrien était un vrai spécialiste de l'anticipation, ne s'était passé comme il l'avait imaginé. Il avait eu peur que Sabine juge sa première prestation piteuse, qu'elle regrette d'avoir fait l'amour avec lui, qu'elle... Oui, les voix avaient repris le dessus. Une fille comme elle ne sortait pas avec un mec comme lui. Ce n'était tout simplement pas possible. L'eau et le feu ne faisait pas bon ménage et elle n'allait pas tarder à s'en rendre compte. Elle allait s'ennuyer avec lui et ça lui ferait encore plus mal, le jour où elle se rendrait compte qu'il n'était pas à la hauteur.

Mais il fallait croire qu'elle ne se rendait compte de rien. Le bruit du mixer sortit un instant Adrien de sa rêverie. Sa mère devait être en train de préparer le diner. Il regarda sa montre. L'après midi se terminait doucement et dehors, la pluie s'était mise à tomber avec force. Il se leva, ouvrit la fenêtre et, en un instant, son visage fut inondé par les gouttes de pluie. Il adorait cette sensation. L'eau avait toujours était son amie. Combien de fois avait-il plongé la tête dans la baignoire pour ne plus rien entendre de l'extérieur, sentir ses cheveux flotter à la surface et jouer au noyé. Il adorait faire peur à sa mère et c'était sans doute la meilleure façon de s'y prendre. Il referma la vitre et retourna s'allonger.

Ils avaient très souvent fait l'amour avec Sabine. Il aimait faire l'amour, s'abandonner dans ses bras. C'était un des rares moments où il parvenait à ne plus penser sinon qu'à son plaisir et surtout au sien. Mais, ils ne pouvaient faire l'amour tout le temps. Et là, les voix revenaient, toujours plus fortes pour lui chuchoter qu'elle allait finir par le quitter, qu'elle était trop bien pour lui, qu'il se faisait du mal à imaginer des lendemains à deux. Et c'est vrai qu'il ne pouvait s'empêcher d'imaginer sa vie avec elle. Il était comme ça. Et tout en imaginant comment ils pourraient partir en vacances ensemble, une autre partie de lui imaginait le jour où elle le plaquerait, le jour où elle lui dirait qu'il valait mieux tout arrêter . Et il faut reconnaitre qu'il arrivait beaucoup mieux à imaginer Sabine en train de lui briser le c½ur que Sabine, dans ses bras au bord de la mer, mangeant une glace, sa glace naturellement, en riant.

Sans vraiment le vouloir, il s'était peu à peu renfermé sur lui-même. Et les disputes avaient commencé. Si Adrien était inapte au bonheur, il avait surtout appris à se préparer aux déceptions. Anticiper la tristesse, s'y préparer, voilà qui lui semblait tellement plus raisonnable. S'abandonner à la joie du moment, c'était prendre le risque d'être cueilli en plein vol par une mauvaise surprise. Alors autant ne pas s'envoler trop haut. Il avait appliqué ce sage précepte, sans vraiment s'en rendre compte. Le jour où il avait eu son bac avec mention, et alors que ses amis enchaînaient les verres et dansaient aux quatre coins de la salle des fêtes louée pour l'occasion, Adrien s'était isolé pour réfléchir à ce qu'il allait faire pendant les dix prochaines années. Il ne savait toujours pas ce qu'il allait devenir – mais qui le savait- mais il s'en était longtemps voulu de ne pas avoir participé à la fête. Quand il écrivait, car il avait toujours aimé écrire, et qu'il montrait le résultat à ses proches, même les compliments ne calmaient pas ses angoisses. Il pensait déjà à sa prochaine nouvelle ou faisait tourner et retourner dans sa tête le seul commentaire un peu critique qu'il avait entendu. Inapte au bonheur. Les mots de Peter, car c'était bien lui qui avait dit ces mots, résonnaient de plus en plus fort.

Sabine s'était emportée pour la première fois au retour d'un petit dîner chez un couple d'amis. Adrien avait été maussade toute la soirée, parlant peu et passant plus de temps à lancer des petits bouts de son filet de merlan au chat sous la table qu'à rire avec ses amis. Et pourtant, il avait toujours rêvé de vivre ce qu'on appelait une soirée couples. Mais là, voir Chloé et Bertrand, ensemble depuis cinq ans et toujours aussi complices lui avait mis la pression. Serait-il capable d'emmener son histoire aussi loin, car il allait bien évidemment de soi que c'était de sa responsabilité ? Sabine l'aimerait-elle toujours dans cinq ans –non, bien sur ? Fallait-il lui proposer de partir en vacances ou d'emménager ensemble ? Toutes ces questions avaient tourné en rond dans sa tête jusqu'à lui mal au crane et gâcher le dîner... et le retour en voiture. Sabine n'avait pas mâché ses mots et il avait encaissé en silence...

Dehors, l'orage ne semblait pas vouloir se calmer. Adrien ouvrit à nouveau sa fenêtre. Le vent lui fouetta le visage avec force. Il repensa au jeu qu'il préférait quand il était gamin et qui consistait, les jours de grand vent à se planter au milieu du jardin et à se laisser entraîner par les bourrasques. Cette sensation de lâcher prise l'avait si souvent enivrée... Aujourd'hui, il avait l'impression de ne jamais avoir quitté ce jardin et de n'avoir jamais cessé d'être balloté comme un fétu de paille. Pourquoi n'osait-il donc jamais assumer ses choix, ses envies ? Pourquoi laissait-il le vent-les gens-décider pour lui ? Sabine le lui avait pourtant si souvent reproché... Mais rien n'avait changé. Il avait gardé ses doutes pour lui. Il avait réussi à faire bonne figure devant elle, devant ses amis. Mais ce soir, l'orage grondait encre plus fort dans sa tête et dans son c½ur que dans les branches du châtaigner.

Il avait pris ses distances avec Sabine, sans même s'en rendre compte. Ils étaient bien partis ensemble quelques jours pour visiter la Bretagne mais la magie n'avait pas été au rendez-vous. Adrien avait eu si peur que ces vacances soient leur dernières, que ce bonheur s'avère si fugace... Comment aurait-elle pu comprendre que ses doutes ne se portaient pas sur elle mais uniquement sur lui ? Comment aurait-elle pu comprendre qu'il ne l'aimait pas moins qu'au premier jour ? Elle ne l'avait pas compris parce qu'il ne le lui avait tout simplement dit. Il ne disait jamais rien de ce qui le tourmentait. Pourtant, dieu sait qu'il savait être là pour les autres et pouvait passer des heures à les écouter, les conseiller même parfois. Mais lui ? Oh, il ne pouvait en vouloir à personne, et c'était sans doute ça le pire, de ne pas avoir pris le temps de l'écouter. Non, il ne le pouvait pas. Il n'avait jamais rien dit. Peur d'ennuyer avec ses doutes ? Peur de mal s'exprimer, de ne pas trouver les mots justes – mais y en avait-il vraiment ?

Il referma la vitre, constatant au passage que la moquette de sa chambre était trempée. Il posa sa tête sur le carreau et sentit enfin les larmes lui monter aux yeux. Sabine était partie. Après une nouvelle dispute, elle avait mis sa petite veste rouge, celle dans laquelle il l'aimait plus que dans n'importe quelle autre, et elle lui avait parlé calmement. Elle en avait assez qu'il se pose autant de questions sur leur histoire. Elle en avait assez qu'il doute d'eux et donc d'elle. Ne pouvait-il pas lui faire enfin suffisamment confiance pour croire qu'elle pouvait l'aimer pour ce qu'il était ? Que croyait-il ? Qu'elle l'avait pris pour un autre et s'était trompé aussi longtemps ? C'était vraiment faire peu de cas de son intelligence et lui accorder bien peu de confiance. Etait-elle si bête que ça pour ne pas pouvoir entendre ce qu'il avait à dire, ce qu'il ressentait ?

Adrien frappa sa tête encore plus fort contre la vitre et ses larmes vinrent se mêler à la buée qui recouvrait maintenant le carreau. Il se sentit encore plus minable que d'habitude et encore plus paumé que jamais. L'impression d'avoir touché le bonheur d'aussi prêt et de l'avoir laissé filé, d'avoir une nouvelle fois perdu contre ses petites voix intérieures et de ne pas avoir avancé, pris le risque de vivre, de se tromper peut être, d'être heureux, pourquoi pas...

Sa mère venait de l'appeler pour le dîner. Il ne pouvait pas les faire attendre. Ils allaient s'inquiéter, poser des questions. Ses parents avaient bien d'autres chats à fouetter que de se faire du souci pour ses peines de c½ur qui n'étaient finalement pas si importantes. Il s'en remettrait. Il s'en remettait toujours. Il sécha ses yeux d'un revers de la manche, changea de chemise et se recoiffa d'un geste de la main. Il eut un dernier regard pour le châtaigner, ce vieux complice toujours aussi muet mais qui tenait toujours bon face aux orages, inébranlable. Il sortit de sa chambre pour retrouver ses parents.

Dehors, l'orage s'était enfin calmé. Sur la pelouse du jardin, un écureuil, plus intrépide que les autres, jouait sur les grosses branches cassées du châtaigner.

# Posté le mardi 21 juillet 2009 05:37

Modifié le mardi 21 juillet 2009 05:52

Regarde les murs !

Regarde les murs !
Quand il ouvrit les yeux, ce matin là, il les referma immédiatement ! Ce n'était tout simplement pas possible. Une hallucination, sans aucun doute, à moins qu'en fait, il ne s'agisse d'un rêve- oui, voilà, un rêve, c'est sûrement ça. D'ailleurs, ça ne peut être que ça- Pour s'en assurer, il décida quand même de rouvrir tout doucement, prudemment, ses paupières. Il était bien réveillé...

Les murs de sa chambre étaient devenus bleu. Pas un bleu ciel ni un bleu des mers du sud. Non, un bleu vif, tape à l'oeil, presque fluorescent. Il se redressa sur son lit et sursauta. Non seulement les murs avaient été repeints de la couleur la plus criarde qu'il ai jamais vue mais quelqu'un s'était amusé à repeindre également le plafond, dans une nuance de rose dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Il du refermer les yeux quelques secondes pour éviter de perdre la vue.

Il finit par se lever de son lit et se rendit compte que le mobilier avait été "rénové" en jaune smiley et que sur le sol, un artiste en devenir -mais quel devenir, ça c'était la vraie question- avait juger pertinent de transformer son tapis noir en ajoutant de petites tâches blanches, pour en faire une peau de dalmatien. Incompréhensible ! Il se souvenait s'être endormi un peu grisé par une soirée bien arrosée passée avec -mais avec qui en fait ?- Il ne s'en souvenait plus. Il revoyait simplement les verres de rhum sur le comptoir d'il ne savait quel bar, sentait encore l'odeur des tequilas frappées au citron vert mais ne parvenait plus à se rappeler la personne avec laquelle il avait partagé cette nuit d'ivresse.

Il décida de repousser à plus tard le travail de remue méninges qui lui permettrait de retrouver les détails de la soirée. Il fallait faire immédiatement le tour de son appartement. Il ouvrit la porte de sa chambre et faillit tomber à la renverse en voyant le carnage qui se présentait devant lui. La cuisine étaient repeinte en rouge, les meubles du salon avaient été empilés les uns sur les autres pour former une espèce de sculpture particulièrement abstraite, les fenêtres étaient recouvertes de paillettes que quelqu'un avait du coller avec une substance très efficace car il ne parvint pas à en arracher une seule.

Soudain, une boule de terreur vient se nicher au creux de son estomac. Et si l'auteur de ce carnage était encore là ? Il s'empara du premier objet qu'il trouva, un bâton de majorette -mais qu'est ce que ce truc pouvait bien faire ici- et visita l'appartement pièce après pièce. Dans chacune d'elles, de nouvelles surprises l'attendaient. L'écran de son ordinateur avait était "colorié" et désormais, à la place du logo Windows, il pouvait contempler le visage d'un gros barbu aux cheveux verts lui faisant un clin d'½il. Ses dossiers, si bien rangés d'ordinaire, avaient été éparpillés ici et là sur le sol et certaines feuilles avaient même été collées au plafond pour former une sorte de fresque d'un genre totalement inédit. Quand il pénétra dans la salle de bain, il découvrit que le sol avait été recouvert de sable fin – hum c'est doux- et qu'une immense plante verte, peut être un palmier, avait été peinte sur le miroir.

Il retourna d'un pas chancelant vers sa chambre. Mais, alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres de la porte, elle aussi repeinte en bleu vif et barrée d'un sourire aux dents blanches, il entendit sa chaîne se mettre en marche et une musique latino emplire immédiatement tout l'espace. S'il n'avait été aussi chamboulé par le décor qui l'entourait, il se serait bien mis à danser. Mais bon, il n'était pas du genre à danser comme ça, sans raison -quoi que certaines images de la soirée commençait à revenir et que ce grand type debout sur une table qui se trémoussait la chemise ouverte et les cheveux en vrac aurait bien pu être lui- Il chassa cette image de ses pensées et tenta de se concentrer sur ce qui était en train de se passer. Sans même s'en apercevoir, il s'accrocha un peu plus fort à son bâton de majorette, trop stressé pour se sentir vraiment ridicule. Qui pouvait bien se trouver dans sa chambre ? Il avait fait le tour de l'appartement et il n'y avait personne. Il en était sur-En est-tu si certain que ça ?- Il passa la tête dans l'entrebâillement et le vit.

Il avait jeté la couette sur le "tapis dalmatien" et s'était allongé sur son lit, un grand sourire sur les lèvres. Mais qui était-il ? Il le regarda et ne trouva pas la réponse à cette question pourtant essentielle. Comme il n'arrivait pas à articuler un mot, il se contenta de le regarder. Il devait avoir une bonne vingtaine d'années. Il était grand, mince, plutôt musclé. Il faut dire que le garçon qui lui souriait avait enlevé son tee shirt pour le caler sous sa tête en guise d'oreiller, ce qui laissait voir une partie d'un tatouage en forme de -en forme de clin d'oeil...mais est ce qu'on peut tatouer un clin d'oeil?. Ses yeux bleus étaient animés d'une lueur malicieuse et son sourcil droit arborait un percing. On aurait dit le regard d'un enfant qui vient de commettre une affreuse bêtise dont il est très fier et qui attend que quelqu'un se rende compte du résultat de son ½uvre. Ses cheveux châtain clair étaient coiffés en pétard et une fossette rieuse semblait presque le narguer. Il portait un jean troué par ci par là et une paire de baskets aux couleurs vives mais alors, très très vives.

Tu vas me faire un numéro de majorette Romain ? » ? dit l'inconnu, assez fort pour se faire entendre par-dessus le son de la salsa qui continuait à résonner dans la pièce.

Romain regarda le bâton qu'il tenait encore dans la main et le lâcha.

Dommage » dit le jeune insolent. « Je n'ai jamais vu de défilé et ça m'aurait fait marrer de te voir te balader en caleçon dans ta chambre en lançant ce truc en l'air ».

Romain se regarda un instant. Il ne portait qu'un caleçon fantaisie qu'il avait du acheter sur un coup de tête un jour de soldes. L'hippopotame qui faisait la grimace sur le haut de sa cuisse droite lui sembla soudain complètement ridicule et il eut envie de passer un jean immédiatement, ce qu'il se retint naturellement de faire, pour ne pas montrer le moindre signe de faiblesse à ce gars qui ne semblait pas plus dangereux que ça.

Mais qui es-tu ? » réussit-il enfin à articuler. « Qu'est ce que tu fous chez moi ? Qui t'a permis de t'allonger sur mon lit comme ça ? C'est toi qui a fait joujou avec de la peinture ? Parce que je peux t'assurer que tu vas tout repeindre, tout ranger plus vite que ça et que... ».

Ca t'ennuie si j'enlève mes pompes ? » le coupa l'autre comme s'il n'avait rien entendu. « Je ne voudrais pas salir ton matelas. J'ai encore de la peinture plein les semelles » . Et tout en posant une question dont il n'attendait pas la réponse, il ôta d'un mouvement de pied ses baskets et ses chaussettes d'un violet très flashy, laissant apparaître un autre fin tatouage autour d'une de ses chevilles « Ouais, on est carrément mieux comme ça. Cool le tatouage, tu ne trouves pas ? Je suis sur que t'as toujours eu envie de t'en faire faire un mais que tu as toujours reculé au dernier moment avant d'entrer dans le magasin. T'aurais du t'écouter davantage. Je suis sur que ça t'irai bien ».*

Tu me prends pour un con ou quoi ? Tu crois que tu peux rentrer chez les gens, comme ça ? T'amuser à refaire la déco et t'affaler à moitié à poil sur mon lit ? Non, mais je rêve. T'es qui ? Comment tu t'appelles ? Comment t'as fait pour entrer chez moi ? Et non, je n'ai jamais eu envie de me faire tatouer quoi que ce soit, sinon je l'aurais fait » mentit-il très vite, sans doute un peu trop, ce qui fit sourire son visiteur.

« Hé ben, t'en poses des questions. C'est dingue ça. Et même pas un petit merci pour tout le travail. T'as vu comme c'est chouette maintenant ? Quand je repense à ta déco, avant que j'arrive. Tes murs orange, ton plafond blanc et tes petits dossiers bien classés. C'était d'une tristesse. Me remercie pas, va. T'aurais pas quelque chose à boire, des fois ? ».

Romain trouva la situation totalement absurde. Ce mec, quel que soit son nom et l'endroit d'où il pouvait bien venir, était doté d'un aplomb formidable. Et, à force de le voir sourire comme ça, comme s'il n'y avait rien de grave en dehors des centaines d'euros qu'il faudrait un jour dépenser pour tout repeindre, il eu presque envie de lui rendre son sourire...avant de le foutre dehors à coups de pied dans le cul. Il essaya de se montrer raisonnable et commença par baisser la musique qui lui vrillait le cerveau.

- « Oh non. Celle là, c'est la meilleure en plus. On se croirait à Cuba. Me dis pas que tu l'aimes pas. Hier t'as mis le feu à la soirée sur cette musique. Si tu te détendais un peu ? Va nous chercher un verre et pose toi un peu. De toute façon, même si t'en avais envie, c'est pas le moment de repeindre. Et puis, je suis sur que si tu souffles un coup et que tu regardes bien, tu vas finir par aimer le décor. Après tout, c'est toi qui les a choisi ces couleurs ».

- « Mais qu'est ce que tu racontes... » ? bredouilla Romain, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.

- « Robin. Mon prénom c'est Robin. Allez, je vais essayer de ne pas me vexer. Mais ce n'est pas très sympa de ne pas t'en souvenir. Ca me ferait presque de la peine ROMAIN » ! Et il éclata d'un rire joyeux.

- « Excuse moi, Robin ou qui que tu sois, mais sans vouloir te vexer, on se connaît » ?

- « Hé ben, ça ne s'arrange pas dis moi. C'est toi qui m'a invité quand on s'est fait virer de la soirée, parce qu'on avait tout retourné. T'as un sacré potentiel d'ailleurs. Au départ, quand je t'ai vu, j'aurai jamais cru ça. T'avais l'air tout timide. Trop calme même. Mais après quelques verres, t'as vraiment assuré. Ouais, on s'est bien marré. Eh ouais, on se connait. On se connait même sacrément bien et depuis tellement longtemps ».

Romain n'en croyait pas ses oreilles et, pourtant, les souvenirs commençaient à remonter à la surface. Les flashs se précisaient progressivement et il croyait bien se reconnaître sur les photos virtuelles qui défilaient dans sa tête. Oui, ça devait bien être lui, ce mec qui avait décidé de prendre une douche tout habillé et avait improvisé un concours de limbo dans le salon de chez... Les images n'étaient pas encore assez nettes mais n'allaient pas tarder à le devenir. Il s'imagina un instant en train d'appeler toutes les personnes figurant dans son répertoire pour prendre les devants, comprendre ce qui s'était passé et sûrement présenter des excuses.

- « T'inquiète pas Romain. Personne t'en voudra, tu peux me croire et ils étaient tous aussi raides que toi » dit Robin, comme s'il lisait dans ses pensées. « Regarde plutôt les murs et dis moi franchement si tu aimes. On est entre nous. Je ne le répèterai à personne. Fais-moi confiance. Tiens regarde le plafond. C'est toi qui l'a fait cette partie. Et je peux te dire que t'es pas si léger que ça. Comme on n'avait pas d'escabeau, j'ai du te porter pour que tu réussisses à le repeindre. J'ai encore des courbatures. T'aurais pas de la crème ? » et il lui lanca un clin d'oeil toujours aussi malicieux.

- « Mais tu ne vas pas arrêter cinq minutes de te foutre de moi ? Ok, j'avais sûrement trop bu et on a refait la déco. On a du bien se marrer, j'en doute pas. Mais maintenant, c'est bon. Tu vas t'habiller, prendre une éponge et on va nettoyer tout ce bordel. Et quand ce sera fini, tu vas prendre tes cliques, tes claques et rentrer chez toi parce que j'ai une énorme envie de me recoucher et de me réveiller dans MON appart. Tu peux comprendre ça ? ».

- « Regarde les murs, s'il te plait. Rien qu'une fois et dis moi ce que t'en penses. Mais sincèrement cette fois. Et pour info, si t'es ici chez toi, maintenant, j'y suis aussi un peu chez moi. Tu m'as laissé repeindre les murs. Depuis le temps que j'en avais envie. C'est sympa que tu m'ais enfin laissé entrer dans ton appart, dans ta chambre. Il était temps en même temps. Et décontracte toi donc un peu. Tu sais, je ne suis venu que parce que tu m'as invité. Je suis toujours venu quand tu m'invitais. Des fois j'essaye de forcer un peu l'invitation, m'incruster, quoi. Mais je ne rentre pas sans frapper. Alors c'est vrai que quand tu bois un verre, tu ouvres ta porte plus facilement. Mais quand j'y pense, tu ne m'as pas beaucoup invité ces dernières années. T'aurais du le faire plus souvent. Alors ces murs ? T'en dis quoi ? Dis moi que tu aimes et je m'en vais».

Romain tentait désespérément de faire face à la situation. Ca faisait beaucoup. Il se trouva tout d'un coup tellement vulnérable, tellement perdu, qu'il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il ne comprenait absolument rien de ce que ce garçon était en train de lui dire. De quoi parlait-il ? Il ne l'avait jamais vu. Et en même temps, il avait un petit air familier. S'il avait changé de coiffure, enlevé deux secondes son sourire, peut être que... Non. IRomain regarda les murs si bleus, le plafond si rose et se surprit lui-même en se disant qu'après tout, ce n'était pas si mal que ça. Un peu vif mais pas si mal. Il pourrait presque s'y habituer. Robin s'était levé et s'était approché de lui. Sans un mot, il le prit par l'épaule.

« Tu ne vas pas pleurer, dis moi. On s'est éclaté comme jamais. Je t'ai entendu rire toute la soirée. Regarde les murs. Et regarde toi. oui, regarde toi vraiment pour une fois. Ces murs, c'est toi. Ouais, c'est toi. Un toi que tu ne connais pas très bien mais c'est bien toi. Tes dossiers en foutoirs, c'est toi. La plage de bain aussi et, ce que je préfère le plus, les paillettes ! T'avais juste besoin d'un petit coup de main pour réussir ta déco et ne pas l'arrêter en chemin, par ce qu'il est quand même sacrément grand ton appart et que ça faisait bien longtemps que t'aurais du t'en occuper. Mais maintenant, tu es enfin chez toi. Vas-y monte le son. J'ai envie de danser et je sais que toi aussi. Ecoute la musique et vas nous chercher un verre qu'on trinque. Non, attends ! Ne bouge pas. Je vais le faire. Je crois que t'en as besoin, mon grand. Et, en attendant, regarde les murs. Regarde les murs. Regarde les murs. Regarde toi».

Robin passa la porte de la chambre et Romain le regarda s'éloigner dans le couloir. Il avait presque l'impression qu'il glissait sur la moquette, sans toucher le sol. Il le vit s'éloigner d'une démarche tranquille, assurée, la démarche qu'il avait toujours eu envie d'avoir et qu'il avait remplacé par un pas maladroit, histoire de se fondre plus facilement dans la masse, et...

Il se réveilla en sursaut. Son c½ur battait à un rythme qu'il ne croyait pas capable de tenir sans mourir immédiatement. Il chercha une seconde son inspiration et constata que les murs avaient retrouvé leur couleur d'origine. Il se leva doucement et parcouru en quelques pas les différentes pièces de son appartement. Tout était redevenu normal, terriblement normal. Romain retourna dans sa chambre et regarda son décor. Tout était rangé à sa place. Il donna une petite tape sur une pile de dossiers qui s'effondra par terre. Cela le fit sourire. Il attrapa un marqueur sur un coin de son bureau et, après une demi-seconde d'hésitation, dessina un smiley sur le mur, comme ça, pour rien.

Il se regarda d'un coup d'½il, fit la moue et enfila un jean et un tee shirt. Il attrapa une noix de gel et se coiffa en pétard. La glace sur laquelle le palmier avait disparu, lui refléta un visage qui lui rappelait vaguement quelqu'un maintenant. Il se souri à lui même et se trouva pas mal du tout. Il quitta sa chambre, mit ses baskets en pensant qu'un tatouage autour de la cheville, c'était quand même sympa et qu'après tout, ça ne devait pas faire si mal que ça, et sortit. Même un dimanche, il allait trouver un magasin de peinture ouvert.

Il laissa l'appartement derrière lui, claqua la porte et dévala les escaliers en courant, sans se retourner pour ne pas changer d'avis. Sur le sol de sa chambre, à peine cachée par le bord de la couette, trainait encore une chaussette d'un violet vraiment très flashy.

# Posté le vendredi 10 juillet 2009 09:55

Modifié le vendredi 10 juillet 2009 17:59